Thailande :des canons à eau et gaz lacrymogènes contre les manifestants
09.04.2010 - 12:29:02

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AFP, Mise a jour : 09/04/2010 09:48
Thaïlande: des canons à eau et gaz lacrymogènes contre les manifestants
La tension est montée d'un cran à Bangkok vendredi avec, pour la première fois depuis le début des manifestations mi-mars, l'utilisation de gaz lacrymogènes et de canons à eau contre les "chemises rouges".




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Près de 33.000 soldats et policiers supplémentaires ont été déployés vendredi matin dans et autour de la capitale, soit plus que le nombre de manifestants, qui étaient 60.000 personnes jeudi soir, selon la police.

Les "rouges", qui exigent la démission du Premier ministre Abhisit Vejjajiva au mépris de l'état d'urgence décrété il y a deux jours, ont organisé un convoi de quelque 12.000 personnes vers un centre de diffusion de la télévision satellitaire.

Ils entendaient rétablir le faisceau de la "Chaîne du Peuple" (PTV), leur principal outil de propagande, qui avait été coupé la veille par le pouvoir.

Le gouvernement entendait ainsi faire cesser "la désinformation" et rompre le lien entre les "rouges" manifestant dans le coeur de Bangkok et leur bastion, dans le nord et le nord-est du pays.

Selon une journaliste de l'AFP, les quelque 4.000 policiers et militaires ont fait usage de canons à eau et de grandes lacrymogènes pour les repousser. Des images en direct à la télévision montraient des manifestants dans l'enceinte du centre de diffusion, dont le bâtiment restait protégé par les forces de l'ordre.

Peu après, dans une scène surréaliste, manifestants et policiers partageaient des bouteilles d'eau et se réconfortaient les uns les autres, toute tension retombée.

"Nous maintiendrons la fermeture de PTV par tous les moyens", a prévenu Suthep Thaugsuban, vice-Premier ministre en charge de la sécurité. "Si les manifestants deviennent violents, les responsables de la sécurité sont prêts à répondre avec des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc".

Depuis l'instauration mercredi soir de l'état d'urgence, gouvernement et opposition multiplient les déclarations fracassantes et les menaces. Aucune violence n'avait jusqu'alors été constatée.

Par ailleurs, la justice a émis des mandats d'arrêts contre 24 responsables du mouvement: sept pour avoir pénétré dans la cour du Parlement, et 17 pour violation de l'état d'urgence et blocage d'un quartier touristique et commerçant de Bangkok.

"Nous ne craignons pas ces mandats d'arrêts", a déclaré Jatuporn Prompan, un des leaders "rouges", qui est aussi député de l'opposition et est protégé à ce titre par son immunité parlementaire.

"Le gouvernement craint que des vitres ne soient cassées dans les centres commerciaux. C'est pour ça qu'il n'a pas encore employé la force", a-t-il ajouté.

Abhisit, qui a dû renoncer à un sommet asiatique à Hanoï, est pressé par sa majorité de ramener le calme alors que le mouvement dure depuis presque un mois.

Mais il sait que tout bain de sang serait désastreux, alors que la Nation toute entière se souvient encore d'avril 2009, lorsque deux personnes avaient été tuées et plus de 120 blessées en marge de manifestations des "rouges".

"Le gouvernement est piégé. Il doit choisir entre foncer dans le tas, au risque d'un bain de sang, et ne rien faire, ce qui lui ferait perdre des voix dans son électorat", notait un diplomate étranger.

L'opposition accuse Abhisit de servir les élites traditionnelles de Bangkok aux dépens des masses rurales et populaires.

Le chef du gouvernement, au pouvoir depuis décembre 2008 à la faveur de décisions de justice et de renversements d'alliances parlementaires, a d'ores et déjà accepté de négocier des élections anticipées, mais pas avant la fin de l'année.