Thaïlande: le gouvernement accuse Thaksin de fomenter les violences !!
13.04.2010 - 23:19:51

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AFP, Mise a jour : 13/04/2010 15:23
Thaïlande: le gouvernement accuse Thaksin de fomenter les violences !!
Le gouvernement thaïlandais a accusé l'ancien Premier ministre en exil Thaksin Shinawatra d'orchestrer le mouvement des "chemises rouges", ces manifestants qui occupaient toujours deux quartiers de Bangkok mardi après les violences du week-end.




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Dans des accusations d'une rare intensité, le ministre des Affaires étrangères Kasit Piromya a qualifié Thaksin de "terroriste sanguinaire".

Il l'a accusé d'être "l'instigateur des violences" qui ont fait 21 morts, dont 17 civils, et plus de 860 blessés, samedi dans la capitale. Ces affrontements entre soldats et manifestants sont les plus meurtriers qu'a connu la Thaïlande depuis 18 ans.

Pour Kasit, l'homme d'affaires reconverti dans la politique finance en sous-main les "chemises rouges" à hauteur "d'environ 100 millions de bahts par jour" (environ trois millions de dollars). "Il ne fait pas de doute que Thaksin est l'un des leaders" des manifestants et "soutient les activités pour faire tomber le pouvoir", a renchéri Panitan Wattanayagorn, porte-parole du gouvernement.

Agé de 60 ans, Thaksin a dirigé la Thaïlande de 2001 à 2006 avant d'être renversé par un coup d'Etat militaire. Depuis son exil, en 2008, il reste vénéré des paysans du nord et du nord-est, la base des "chemises rouges", qui le considèrent comme le seul homme politique à s'être jamais préoccupé de leur sort.

Après avoir communiqué tous les soirs par vidéo-conférence avec ses partisans, il est resté relativement silencieux depuis deux semaines, se contentant d'envoyer quelques messages de soutien, notamment sur "twitter".

En public, les "rouges" se sont montrés soucieux de prendre leurs distances vis-à-vis de Thaksin pour montrer combien leur combat est avant tout celui pour une société plus juste, et non une opération au service d'un homme.

L'attaque contre l'homme d'affaires intervient alors que la pression s'accentue sur le Premier ministre Abhisit Vejjajiva pour trouver une issue à cette énième crise politique.

Anupong Paojinda, chef de l'armée, a enjoint lundi majorité et opposition d'entamer des négociations pour s'entendre sur les dates des prochaines législatives, estimant qu'un scrutin anticipé constituerait, à terme, une "issue" à l'impasse actuelle.

Les "rouges" réclament quant à eux la tenue du scrutin dès que possible. "Nous allons poursuivre notre mouvement pour faire tomber ce gouvernement" et "obtenir la dissolution du parlement", a averti un leader, Nattawut Saikuar.

Abhisit, au pouvoir depuis fin 2008, ne conçoit pas de nouvelles élections avant la fin de l'année. Mais sa position s'est encore fragilisée avec une décision surprise de la Commission électorale qui a préconisé lundi la dissolution de son Parti démocrate, accusé d'avoir bénéficié d'une donation illégale en 2005.

Le processus de dissolution du PD devrait prendre plusieurs mois. Mais comme le titrait mardi le quotidien The Nation, pourtant profondément anti-Thaksin, cette annonce "est un nouveau revers" pour Abhisit qui risque une peine d'inégibilité de cinq ans si son parti était dissous.

Kasit, son ministre des Affaires étrangères, s'est déclaré "optimiste" quant au fait "de voir réunis autour de la table, dans les prochains jours" tous les acteurs de la crise.

Il a également déclaré souhaiter que la société réfléchisse à une profonde "réforme" de la monarchie, abordant un sujet selon lui "tabou" dans un pays où le roi Bhumibol Adulyadej, 82 ans, est immensément révéré.

En attendant, les Thaïlandais vont tenter d'oublier jusqu'à la fin de la semaine ce climat pesant en célébrant le nouvel an bouddhiste, appelé "Songkran", période festive durant laquelle il est de tradition de s'asperger d'eau