Thailande : Bangkok compte ses morts !!
20.05.2010 - 08:50:23

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AFP, Mise a jour : 20/05/2010 05:40

Thaïlande: Bangkok compte ses morts, couvre-feu reconduit !!

Après une nuit de couvre-feu, des violences sporadiques se poursuivaient jeudi matin à Bangkok, où l'armée était omniprésente au lendemain de l'assaut du camp retranché des "chemises rouges" qui a fait une quinzaine de morts.


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Les autorités thaïlandaises ont reconduit jeudi pour trois nuits supplémentaires le couvre-feu imposé dans la nuit de mercredi à jeudi à Bangkok et dans 23 provinces. La mesure a été cependant un peu assouplie puisque le couvre-feu débutera à 21H00 (14H00 GMT) pour se terminer à 05H00, contre de 20H00 à 06H00 la nuit dernière.

La capitale s'est réveillée dans une odeur de pneus et de tôles brûlés alors que des fumées noires continuaient de s'élever des bâtiments et des barricades incendiées la veille.

Si aucun affrontement sérieux n'était signalé, la tension demeurait forte aux alentours d'un temple bouddhiste situé au coeur de l'ex-quartier occupé, où quelque 2.000 "rouges", dont des familles, ont trouvé refuge. Neuf personnes y ont été tuées mercredi en fin de journée, alors que l'armée traquait les manifestants décidés à continuer à se battre, selon la police.

"Les médecins et les secours qui se sont rendus sur les lieux nous ont dit avoir vu neuf corps à l'intérieur de la pagode, mais ils n'ont pas pu les prendre", a indiqué un porte-parole de la police, Prawut Thavornsiri.

Six corps étaient visibles jeudi matin sur les lieux, selon un photographe de l'AFP, qui a par ailleurs entendu de nouveaux coups de feu alors que des soldats étaient présents à proximité du temple.

Ces morts n'avaient pas été encore comptabilisées jeudi matin par les services de secours, dont le bilan s'élevait à sept morts depuis le début de l'opération armée qui a mis fin à deux mois de manifestations "rouges" dans le centre de la capitale. Un photographe italien de 48 ans, tué par balle, figure parmi les morts tandis que 88 personnes ont été blessées, dont trois étrangers.

Le Premier ministre Abhisit Vejjajiva, dont les "rouges" demandaient la démission, a appelé mercredi soir la population à lui faire confiance. "Nous ramènerons ensuite la paix dans le pays, et nous nous relèverons", a-t-il affirmé.

Inquiet d'une propagation des protestations, le gouvernement a décrété l'état d'urgence et imposé le couvre-feu dans la plupart des provinces du nord et du nord-est, régions agricoles, plutôt pauvres et bastions traditionnels des "rouges". Des heurts et des incendies de bâtiments officiels y ont été signalés.

A Bangkok, les pompiers avaient fort à faire jeudi pour éteindre totalement les incendies allumés la veille par des manifestants chassés par l'armée, selon les autorités.

Parmi la trentaine de bâtiments incendiés, dont la Bourse, une télévision et des banques, le plus gravement endommagé était le plus grand centre commercial du pays. "L'incendie du Central World est sous contrôle mais l'un des côtés du centre commercial a commencé à s'écrouler", a indiqué tôt jeudi Prawut Thavornsiri.

D'une hauteur d'environ 18 étages, ce symbole de la "nouvelle Thaïlande", prospère et ouverte sur l'étranger, est devenu l'une des principales victimes de la crise car il avait déjà été contraint de fermer ses portes peu après l'installation du camp des "chemises rouges" à proximité, le 3 avril.

Confinés chez eux jusqu'à 06H00 (01H00 GMT) à cause du couvre-feu, les habitants des quartiers les plus touchés sont sortis dans la rue jeudi matin pour évaluer les dégâts. La plupart bénéficie d'une semaine fériée, décrétée par le gouvernement, alors que les écoles, les administrations et les banques restaient fermées.

Sur le plan politique, une nouvelle période d'incertitude s'ouvre. "La reddition (des "rouges") ne signifie pas la fin du conflit", a prévenu jeudi le quotidien The Nation.

Abhisit avait proposé le 3 mai l'organisation d'élections législatives anticipées à la mi-novembre, une initiative accueillie favorablement par l'ensemble de la classe politique. Mais il avait annulé cette offre dix jours plus tard, arguant que les "rouges" n'avaient pas mis fin à leur mouvement.

La gravité de cette crise, qui a fait au moins 75 morts et plus de 1.800 blessés depuis la mi-mars, pourrait accentuer les divisions de la société dans un pays où les masses rurales et une partie des urbains s'estiment privées des fruits du boom économique et se jugent méprisées par les élites de Bangkok, symbolisées par Abhisit.

Les Etats-Unis, l'ONU, l'Union européenne et le Japon ont exhorté mercredi les responsables thaïlandais à trouver un règlement pacifique.